Un rendez-vous installé
Les Science Days se tiennent chaque automne au Confertainment Center d’Europa-Park, à Rust, juste de l’autre côté du Rhin. L’édition 2026, la 26e, a eu lieu du 22 au 24 octobre, de 9 h à 16 h. Elle s’adresse aux jeunes à partir de 10 ans, venus avec leur classe ou en famille.
L’organisateur, Science & Technologie, est une société d’intérêt général installée à Teningen, distinguée par le ministère de l’Éducation du Bade-Wurtemberg comme centre de recherche extrascolaire. En 2025, l’événement avait réuni plus de 90 exposants et plus de 11 300 participants. Le bilan de 2026 n’était pas encore publié au moment de la rédaction.
Manipuler plutôt que regarder
Le principe est constant : les jeunes font eux-mêmes. Universités, écoles et entreprises tiennent des ateliers où l’on soude les composants d’un petit circuit, où l’on règle une machine d’usinage ou une graveuse laser, où l’on prend place dans un simulateur de course. Beaucoup d’ateliers se terminent par un objet que l’on emporte, comme un montage électronique qui s’allume.
L’intérêt est pédagogique. Les jeunes utilisent chaque jour des objets techniques sans en voir l’intérieur ; tenir un fer à souder ou régler une machine rend concret ce qui reste abstrait en classe. Les animations sont en allemand, mais une bonne partie des ateliers se comprend par le geste.
Une pénurie de techniciens des deux côtés du Rhin
Derrière l’aspect ludique, l’événement répond à une préoccupation que l’Allemagne et la France partagent : le manque de techniciens et d’ouvriers qualifiés.
En Allemagne, l’Institut der deutschen Wirtschaft (IW) évaluait en mars 2026 à 133 900 personnes le manque de main-d’œuvre qualifiée dans les métiers scientifiques et techniques (MINT, l’équivalent allemand de STEM) :
- les métiers de l’énergie et de l’électricité sont les plus touchés, avec 48 900 personnes manquantes ;
- plus de la moitié de l’écart (77 400) concerne des métiers qualifiés accessibles par une formation professionnelle, pas seulement des postes d’ingénieurs.
En France, la DARES (le service statistique du ministère du Travail) et France Travail dressent un constat proche dans leur étude publiée le 22 octobre 2026. En 2025, la moitié des métiers restent en tension forte ou très forte, soit 46 % de l’emploi. Les tensions demeurent très élevées dans la mécanique et le travail des métaux, l’électricité-électronique, la maintenance et le BTP. Les métiers les plus touchés combinent beaucoup d’embauches et un vivier de candidats insuffisant, souvent faute de formation spécifique.
Dans les deux pays, ces indicateurs baissent : l’écart allemand a reculé de 15,7 % en un an, et les tensions françaises sont au plus bas depuis 2017, hors crise sanitaire. Ce recul s’explique surtout par le ralentissement des embauches ; le manque de profils formés, lui, demeure.
Les exposants industriels jouent donc aussi la carte des métiers. Les kits à souder portent les couleurs de SEW-EURODRIVE, fabricant d’entraînements électriques et partenaire de l’événement depuis 2025. Sur le stand d’EMIS, une carte électronique montre ce qui pilote, à bord d’un train de montagnes russes, la lumière, la musique et les sièges vibrants à partir de la position et de la vitesse du train. En 2025, la ministre de la Justice du Bade-Wurtemberg, Marion Gentges, rappelait qu’une région économiquement forte dépend des inventeurs et des penseurs de demain.
L’espace comme fil rouge
Présente pour la première fois en 2025, l’Agence spatiale européenne (ESA) y a pris en 2026 une place centrale, en partenariat avec Europa-Park. Son programme annonçait une conférence de l’astronaute allemand Alexander Gerst, ancien commandant de la Station spatiale internationale, et des interventions de ses responsables sur l’exploitation des satellites, la robotique, l’observation du climat et l’intelligence artificielle. Sur son stand : une maquette au quart de la sonde Hera, lancée en 2024 vers un couple d’astéroïdes, des démonstrations de mini-rovers martiens et des expériences en réalité virtuelle.
Devant le bâtiment, le camion-fusée Space Buzz One de l’agence spatiale allemande (DLR) proposait un vol virtuel de quinze minutes : sièges mobiles, casque de réalité virtuelle, tour de la Terre puis aller-retour vers la Lune, avec un propos sur le changement climatique.
Cette présence dépasse l’événement. L’ESA évoque une coopération croissante avec Europa-Park, et le parc a indiqué en 2025 discuter avec l’agence d’un futur quartier consacré à l’espace, avec des montagnes russes familiales de Mack Rides prévues pour 2028.
En France, la Fête de la science
Côté français, la Fête de la science joue un rôle comparable depuis 1991. Sa 36e édition s’est tenue du 2 au 12 octobre 2026, sur le thème « Saveurs savantes », avec des milliers d’événements gratuits.
Les deux formats se complètent plus qu’ils ne se ressemblent. La Fête de la science se répartit entre villages des sciences, laboratoires et musées, partout en France, et met en avant la recherche. Les Science Days concentrent en un seul lieu des dizaines d’ateliers pratiques, avec une place importante pour les entreprises et les métiers. Tous deux ont lieu en octobre, à une dizaine de jours d’écart : depuis l’Alsace, on peut profiter de l’un puis de l’autre, de part et d’autre du Rhin.
La journée en images
Une minute d’images tournées le samedi 24 octobre : ateliers de soudure et d’usinage, simulateurs, stands consacrés à l’espace.
Lire la vidéoImages et montage : Les Techniciens du Net · Musique : « Nowhere Land », Kevin MacLeod (incompetech.com), licence CC BY 4.0.
Sources : Europa-Park, « Science Days » · Science & Technologie · EuroAmusement Professional, bilan de l’édition 2025 · ESA, invitation presse du 16 octobre 2026 · DLR, Space Buzz One · IW, MINT-Frühjahrsreport 2026 · DARES, « Les tensions sur le marché du travail en 2025 » · Ministère de l’Éducation nationale, Fête de la science · Consultées le 25 octobre 2026.
